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ANNIE GIRARDOT ET LA MALADIE D'ALZHEIMER
Le 25 janvier 2011
RENCONTRE AVEC ANNIE GIRARDOT (septembre 2006 )

C’est un petit appartement blotti sous les combles et bourré de tout un fatras de plaques publicitaires hors d’âge, cendriers et vieilles boîtes en fer-blanc, entassés de façon si hétéroclite qu’on peine à y distinguer, alignés sur une poutre, les trophées les plus glorieux du cinéma européen, Lion de Venise, Ours de Berlin, plus quatre Césars eux-mêmes égarés au milieu des représentations les plus diverses de félins. Chats dessinés, chats photographiés, miniatures sculptées de chats, enfin un gros matou noir, bien vivant celui-là, bien poilu et griffu, et chargé de remplacer dans le coeur d’Annie Girardot son malheureux congénère Hitchcock, trépassé de vieillesse après des années passées à l’idolâtrer sa maîtresse. « C’est un amour fou, celui que donnent ces bêtes », sourit gentiment l’actrice au fond du fauteuil où elle vient de réfugier sa frêle et troublante présence-absence. Présence, car dès qu’elle parle de sa passion pour la gent féline, son regard s’anime, pétille, vous inonde d’une joie quasi-enfantine. « Maintenant, c’est comme çà: j’ai des chats, à la place des amants! Parce que c’est rassurant, un chat, çà vous a à l’oeil, tout le temps, çà vous protège. Le précédent s’appelait Hitchcock. Un nom formidable, non? Cà a été très dur de le quitter. On l’a remplacé tout de suite, on m’a trouvé Gonzo. Lui, Gonzo, c’est l’énergie, la force. Rien qu’à le voir bouger, je me sens forte....»
Les yeux suivent le félin un petit moment, mais soudain leur eau se trouble, ils s’enfuient par la fenêtre, dilatés sur un monde qu’ils sont sans doute seuls à voir. Les toits de l’appartement de la place des Vosges, le souvenir d’avoir naguère vécu là-bas? La réponse fuse, aussi vive qu’avant la maladie: « Oui, dans le temps, j’ai habité sur la place. Mais un jour, je suis partie. Pourquoi? Je ne sais plus très bien. En tout cas, elle m’a tout de suite plu, cette petite rue du Foin. Je trouvais qu’elle ressemblait à un secret. On a donc déménagé, et on est tous très heureux ici... »
Et c’est vrai qu’elle a l’air ravie, Annie Girardot, en ce milieu d’après-midi, de voir tout son petit monde s’affairer autour d’elle dans son joli bazar bohême. De son oeil qui frise, elle détaille chacun de ses visiteurs, mais au lieu de les faire passer à la moulinette d’un commentaire sans pitié, c’est elle-même qu’elle choisit de tourner en dérision: « Avec toute cette cour, je vais finir par me prendre pour une princesse! »


A nouveau, intense sensation de présence. Puis brusquement, le regard qui se trouble, comme tout-à-l’heure. Cette fois, il va se fixer sur un amas de vieux clichés étalés sur une table. Pas des photos de famille — celles-là sont religieusement exposées dans sa chambre. Mais des clichés de l’autre vie, celle du cinéma, la plus gratifiante, sans doute, pour cette actrice qui ne cessa jamais d’être une écorchée vive.

Son index pointe le visage de Gabin: « Lui, quelle présence, vous auriez vu çà! Dès qu’il entrait quelque part, on ne voyait plus que lui. Et cette façon qu’il avait de m’aborder « Alors, Annie? »

Elle a gardé toutes ses ressources d’actrice: elle imite à la perfection la gouaille un peu bourrue de Gabin. Puis elle désigne une photo de Brialy: »Quel farceur, lui... L’ambiance qu’il mettait sur les plateaux! De Funès, cela dit, n’était pas mal dans le genre. Il m’appelait toujours « Ma biche » Et Delon..Jamais connu pareil charmeur...Bardot, c’était ma préférée. Qu’est-ce qu’on a pu se marrer, toutes les deux! Une vraie bonne copine. Et qu’est-ce qu’elle était simple...»

Plus on parle cinéma, plus l’oeil étincelle. A croire qu’elle est encore là-bas, Annie Girardot, entre les loges et les sunlights, à piquer fou rire sur fou rire entre De Funès et Bardot. Et si la maladie, finalement, n’était qu’une ruse de l’esprit pour ne garder de la vie que les instants de bonheur?

Interview de Giulia, fille de Annie Girardot
Réalisée en septembre 2006


Quand avez-vous compris que votre mère n’allait plus très bien?

Il y a environ trois ans. La pièce « Madame Marguerite « avait été particulièrement épuisante. Nanie — c’est le nom que j’ai toujours donné à ma mère — avait joué tous les jours pendant deux ans et demi. Mais ma fille et moi avons trouvé certains symptômes bizarres et nous l’avons emmenée chez le médecin.

Elle avait eu des trous de mémoire sur scène?

Pas du tout, sur scène, rien n’était perceptible. Avec cette maladie, on peut parfaitement conserver tout ce qui relève de la mémoire automatique. Mais quand Nanie rentrait à Paris, je la sentais vidée; et surtout, elle ne savait plus au juste où elle était. Elle n’était plus « raccord », comme on dit. Par ailleurs, depuis la mort de sa mère, elle était très dépressive. J’avais aussi remarqué qu’en Sardaigne, où elle me rejoignait pour les vacances, elle ne réalisait pas qu’elle avait quitté la France. Sur le moment, je me disais qu’elle commençait à fatiguer, avec la vie ultra-trépidante qu’elle menait depuis des années. En fait, la maladie devait couver depuis un certain temps.

La filmographie de votre mère est impressionnante; et en amour aussi, elle a brûlé la chandelle par les deux bouts. Ca a peut-être joué, tout de même...

C’est possible. Elle ne tenait pas en place, elle se crevait à la tâche... J’ai toujours vu ma mère arriver à la maison une valise à la main; et vingt-quatre heures plus tard, elle repartait dans l’autre sens, en traînant une autre valise...

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez appris le diagnostic?
L’effet d’un verdict sans appel. La sensation de l’irréversible. Cà vous tombe dessus, c’est très brutal. Puis le médecin vous demande: « Vous pouvez avoir des aides? » Et là, vous réalisez l’énormité du poids. Je crois que j’ai répondu: « Ma mère travaille ». Parce que le cinéma, je l’ai toujours su, c’est toute la vie de Nanie. Et çà le restera jusqu’au bout. Elle continue à le dire, d’ailleurs: « Le bonheur, pour moi, c’est quand je tourne... » Donc je me suis demandé: « Comment faire pour que ma mère continue son métier d’actrice? »

Votre mère est-elle consciente de ce qui lui arrive?

Je crois, oui, même s’il y a des moments où elle est complètement absente. Mais dès qu’on lui parle cinéma, elle ressuscite littéralement. Surtout quand on évoque des réalisateurs qui ont compté dans sa vie, Lelouch, par exemple. D’un seul coup, elle est là, vive comme elle a toujours été. Mais le plus extraordinaire, c’est ce qui se passe devant les caméras. Elle attend son tour assise sur sa chaise, un peu lointaine. Son coach s’approche d’elle et lui souffle: « Annie, c’est à toi dans deux minutes...» Qu’est-ce qui se passe à ce moment-là dans sa tête? Personne ne sait. En tout cas, elle doit se préparer intérieurement, car dès qu’elle entend « Moteur ! », elle redevient instantanément Annie Girardot, la grande Annie Girardot, celle de « Rocco et ses frères », de « La Pianiste », de « Madame Marguerite »... C’est miraculeux. Même son médecin n’en revient pas.

Est-ce dû au fait que l’acteur travaille avec ses émotions, et que dans cette maladie, la partie émotionnelle demeure souvent intacte?

Peut-être. Mais nous nous arrangeons aussi pour qu’au moment où Nanie arrive sur le plateau, elle se sente en parfaite sécurité. A mon avis, elle sait qu’elle a perdu une partie de son autonomie: au moment où elle découvre l’équipe, elle est souvent angoissée, elle craint de faire des bêtises. Il lui arrive même de dire: « Ils vont me virer ! ». Mais son coach, une femme merveilleuse, sait parfaitement comment la rassurer. Elle arrive à l’apaiser et comme notre ami Valera, qui s’occupe d’elle au quotidien, l’accompagne aussi sur le plateau, elle garde autour d’elle tous ses repères familiers. D’où sa métamorphose subite quand elle entend « Moteur! ». D’après moi, seul le cinéma lui donne encore la force de vivre et d’avancer...

La situation est pour vous très paradoxale:
tant qu’elle était en pleine forme, votre mère n’était jamais auprès de vous. Et c’est dans la tragédie que vous la retrouvez...

J’ai bien sûr souffert de ce manque de mère. Mais je me suis aussi construite sur cette absence. Ce que je n’ai pas reçu, j’ai tout fait pour le donner à mes deux enfants.

Ce que je voulais dire, c’est qu’avec ce type de maladie, on devient les parents de ses parents. On doit veiller sur eux, décider pour eux. C’est sûrement très difficile quand ils n’ont pas réussi à le faire pour vous...

Mes rapports avec Nanie n’étaient pas traditionnels. Avec elle, j’avais plutôt des rapports de copine. Donc disons que maintenant, je suis passée de l’amie à la grande soeur...

Vous ne lui en voulez pas, tout de même, d’avoir été si souvent absente?

La rancune est impossible. C’est ma mère.

Et votre vie quotidienne?
Je viens vivre chez elle trois jours sur quatre, en fin de semaine. Je ne peux pas faire plus, car je vis à Meaux et j’ai un fils de 14 ans encore scolarisé. La difficulté majeure, je pense, vient de ce que Nanie n’accepte pas sa maladie. Elle ne le formule pas, mais elle doit se sentir coupable de sa dépendance, ce qui suscite souvent chez elle des réactions d’agressivité à mon égard. Même si j’en perçois les raisons,je dois dire que j’ai souvent du mal à le vivre. Que voulez-vous, je suis Italienne et j’ai un sale caractère! Et elle, du caractère, elle n’en a jamais manqué non plus! Alors on se frite....Il y a quelques jours, par exemple, elle m’a fait une scène parce qu’elle voulait absolument des bananes. Mais c’était dimanche et tout était fermé. Je ne me suis pas laissé faire, je lui ai balancé: « Tu veux que j’aille te chercher des bananiers, aussi, c’est çà! » . Cà a déclenché chez elle une énorme colère, une gigantesque dispute, comme dans le temps, une vraie grande bagarre de famille! Mais tous les médecins le disent, c’est aussi très important de résister, par moments.

Je suppose que votre mère veut garder l’impression de continuer à mener sa barque toute seule...

Oui, et je le comprends très bien. Malheureusement, pour un certain nombre de choses, ce n’est plus possible. Il y a aussi le problème de la pudeur et de la dignité. Nanie est très pudique, très soucieuse de son image. Vous savez, quand on vieillit, on est très susceptible sur ces sujets-là, même avec les êtres qui vous sont les plus proches.

Traversez-vous des moments de cafard?

Evidemment! Ne serait-ce que parce cette situation vous renvoie constamment à l’irréversible. La roue qui tourne, sans qu’on y puisse rien.. Et pourtant, il faut continuer d’avancer. D’autant que d’une minute à l’autre, tout peut s’éclaircir, aussi vite que çà s’est assombri. Je pense ici à ce mot d’amour que ma mère me redit si souvent : « Si je ne t’avais pas, Giulia, qu’est-ce que je deviendrais...? »

Quels conseils donneriez-vous aux milliers de gens qui sont dans votre cas?

D’abord, ne pas avoir peur. Se renseigner précisément auprès du médecin sur la forme de la maladie, son évolution, sa nature, ses dangers. Ne pas craindre de lui poser des questions précises, demander des réponses claires et des conseils concrets sur la vie quotidienne. En France, un grand silence entoure cette maladie, un tabou énorme, très nuisible pour tout le monde.

Vous semblez très convaincue qu’il faut en parler au grand jour.

Il y a des groupes de paroles pour les familles des personnes atteintes. Mais je crois qu’il faut aller bien au-delà. Dissiper le nuage de terreur qui entoure ce mal. Parlons-en au grand jour, avec des mots simples, un langage ouvert, un nouvel esprit! Ainsi ça ira mieux pour tout le monde.

Qu’est-ce que vous aimeriez communiquer aux familles de malades?

De toutes petites choses, mais tellement importantes. Leur dire, par exemple, que le toucher est un moyen de communication très efficace avec les personnes atteintes. Rien qu’avec des pressions de main, des caresses, elles ressentent l’intensité de l’amour qu’on leur porte. Là, on les rejoint très profondément, car, je le répète, ce sont essentiellement des affectifs. Ma fille Lola, Valera, aussi, qui vit avec Nanie du matin au soir, ainsi que Léo, son secrétaire, nous avons aussi appris à repérer ses petits plaisirs. Les exemples que je vais vous citer vont vous paraître idiots, comme si je parlais d’un très jeune enfant. Mais avec ces minuscules détails, on arrive à adoucir considérablement l’existence des uns et des autres. Celle de Nanie, et par voie de conséquence, la nôtre. Ma mère, par exemple, adore les yaourts « Petit filou ». Très bien: on lui en donne dès qu’elle en demande. Il y a aussi le chocolat. Pendant un temps, on a été obligés de la restreindre car elle en ingurgitait des quantités industrielles! Mais on on s’est mis à surveiller les tablettes, et tout est rentré dans l’ordre. Nous nous sommes aussi aperçus que la musique lui est très bénéfique. Brel, Piaf, Véronique Sanson, Trenet, Aznavour, Paolo Conte, Lucio Dalla, Serge Lama, Catherine Lara, tout ce qu’elle aime... Quand elle les entend, elle se sent bien. Enfermée dans son monde à elle, mais bien. En fait, on travaille sur l’émotionnel.

Ces minuscules petits bonheurs, c’est donc autant de pris pour vous...

Oui, parce qu’on n’a qu’un seul choix: saisir les bons moments quand ils passent. Par exemple, hier, j’ai voulu la faire danser sur de la musique qu’elle aimait. Je l’ai levée, je l’ai prise dans mes bras, j’ai esquissé quelques pas. Elle m’a dit: « Qu’est-ce qui se passe? » Je lui ai dit: « On danse! » Et à cet instant-là, ça a été comme au cinéma: elle a tout retrouvé de ses automatismes, elle a dansé comme avant. C’était à croire que Merlin l’Enchanteur était entré dans la pièce et qu’il avait donné un coup de baguette magique...

Je suppose que la maladie crée aussi des moments cocasses...

Oui, et c’est comme le reste, çà tombe toujours à l’improviste. Il y a une semaine, par exemple, Nanie entend la phrase « Notre Père qui êtes aux cieux » Elle rétorque du tac au tac: « Eh bien, qu’il continue de dormir! » Le genre d’humour qu’elle a toujours eu. On était tous morts de rire...

C’est avec çà que vous trouvez le courage de continuer?

Pour être honnête, je fais avec les moyens du bord, je bricole au jour le jour. Les moments durs, c’est quand je n’arrive pas à capter ce qu’elle a en tête; et quand je vois qu’elle ne comprend rien à ce que je lui dis. Mais mon père est mort il y a vingt ans, Nanie est tout ce qui me reste. Je dois faire avec la réalité. Ce qui nous sauve, mes enfants, Léo, Valéra et moi, c’est qu’on est un bon petit groupe de gros déconneurs. Quand ça va trop mal, on sait flanquer la tragédie à la porte. On rit un bon coup et, vaille que vaille on recommence à avancer. Rien que pour les instants où, face à la caméra, on va voir ressusciter la grande Annie Girardot. Aussi géniale qu’avant...

Interview de Lola, petite-fille de Annie Girardot ( réalisée en septembre 2006 )

Quel est votre regard sur votre grand-mère depuis que vous savez qu’elle est malade?
Je voudrais surtout qu’on la respecte à 100%. Je crains la méchanceté des gens, la bêtise. J’ai envie de la protéger. Je sais qu’il ne faut pas trop la bousculer dans ses repères. Je la sens un peu comme un bébé (à cet instant, les larmes montent aux yeux de Lola)

Il y a quand même de bons moments...

Oui, les weeks-ends qu’on passe toutes les deux, sur son lit, à regarder des vieux films comiques ensemble. On rit comme des gamines...

Elle qui était si occupée, elle a réussi à être une vraie grand-mère?

Oui, parce que ma mère et moi, on vivait tout près de chez elle. Nanie m’aidait à faire mes devoirs, surtout en français. Quand elle rentrait de voyage, elle me rapportait des cadeaux, elle me gâtait... Pour moi, c’était une grand-mère normale, pas Annie Girardot.

Comment votre mère vous a-t-elle appris la
nouvelle?

Cà n’a pas été une révélation. Depuis un petit moment, dans la famille, on se posait tous des questions. On est allées ma mère et moi chez le médecin. On a tout partagé, des premiers doutes à la recherche des solutions. Entre nous, il y a une telle intimité de femmes.
( à nouveau, le regard de Lola s’embue)

Vous aussi, vous pensez qu’il faut en parler au grand jour?

Je suis partagée. D’un côté, je voudrais que cessent les mauvaises rumeurs. Mais la plupart de mes amis, jusqu’à maintenant, ignorent la vérité; ils ne savent pas, par exemple, que c’est chez elle que je disparais tous les week-ends. Je n’ai aucune idée de leur réaction, je la redoute. Je me dis aussi: mais pourquoi est-ce qu’il faut absolument se justifier d’une maladie? Et puis, j’admire tellement ma grand-mère que je suis obsédée par l’idée qu’elle garde sa dignité. Je ne veux pas qu’on abîme son image. J’ai tellement appris d’elle, rien qu’en la regardant. Une simple anecdote: lors d’un film que je tournais, je devais pleurer. Je ne savais pas comment y arriver. Je le lui ai dit. Au moment de tourner, elle m’a regardée d’une telle façon que çà a été instinctif: j’ai pleuré...

Mais le public est peut-être plus gentil que vous ne le croyez. Votre grand’mère est très aimée...

Je crois que le public la voit comme un roc indestructible. Quand je sors avec elle, je fais tout pour qu’elle continue à donner aux autres le meilleur d’elle-même. Ce qui me fait souffrir, c’est de ne plus pouvoir partager mes enthousiasmes avec elle. Pour mon audition de rentrée, j’ai joué trois minutes de sa pièce fétiche, « Madame Marguerite ». Je le lui ai dit, maiss quelque chose en elle est resté imperméable. L’information est arrivée mais n’a pas atteint pas les couches profondes. Mon seul bonheur, c’est qu’elle soit ici, avec nous, et non dans une maison médicale. Et mon but, de préserver à tout prix le mythe Annie Girardot.
(Lola, cette fois, est trop émue pour continuer à parler. )


Témoignage de Valera ( qui s’occupe d’Annie GIRARDOT au quotidien ) Réalisée en septembre 2006

« L’essentiel, c’est d’établir un rapport de confiance. Ensuite, il faut accepter que, son état d’esprit peut changer d’une minute à l’autre. Tout est en dents de scie. Quand elle se trouve à l’extérieur, des peurs enfantines peuvent ressurgir d’un seul coup. Pendant son enfance, elle a vécu les bombardements, elle a fait une chute de trapèze. Donc elle peut subitement avoir des vertiges, la peur du vide. Mais ici, dans sa maison, elle a tous ses repères, elle se sent bien. Elle regarde beaucoup la télé, surtout des séries comiques. Tous les matins, nous choisissons ensemble ses vêtements, ses bijoux, je la fais belle. Je lui donne ses médicaments, ce qui est essentiel à la stabilisation de la maladie. Le médecin lui recommande une alimentation à base de légumes et de fruits, dont je m’occupe aussi. Il y a enfin ses fréquents accès dépressifs. Dans ce cas-là, comme pour tout le monde, le plus important, c’est la présence et la parole. »

© Copyright 2017 Irène Frain.